II)Nature des troubles
1) On parle de dyslexie lorsque l'on constate des hésitations, des incompréhensions, des erreurs, des inversions de syllabes en miroir, des fautes ou des mutilations dans le langage et lors de la lecture, malgré des capacités intellectuelles normales. Toutefois, beaucoup d'enfants et d'adultes qui commencent à apprendre à lire font ces erreurs sans que ce soit là le signe d'une dyslexie. Chacun a besoin de temps pour comprendre l'orientation spatiale de certaines lettres (les b,p, d ou q par exemple) qui change leur identité. En général, ces erreurs disparaissent spontanément. C'est seulement si elles persistent au-delà de quelques mois que l'on peut suspecter une dyslexie.
2) Un certain nombre de dyslexiques auraient également du mal à distinguer des sons de fréquence très proche : pour certains, cette difficulté à attribuer un son à une lettre (et réciproquement) serait la cause principale de la difficulté rencontrée dans la lecture.
3) Certains dyslexiques n'ont pas plus le sens du rythme. Leur perception auditive est comme perturbée, ils reconnaissent et analysent mal les sons. Ils n'arrivent pas à reproduire des structures rythmiques, même simples. On s'aperçoit qu'un enfant dyslexique n'appréhende pas normalement le monde qui l'entoure et ne parvient pas à le déchiffrer correctement. De toute évidence, il ne voit pas, n'entend pas et ne comprend pas les choses de la même manière que les autres. Un dyslexique rencontrant des difficultés en calcul et en mathématiques sera de plus incapable de lire et de résoudre un énoncé, ce qui fera référence à une difficulté supplémentaire appelée "dyscalculie"
a)Une origine discutée
Malgré une présence accrue d'hypothèses, de majeures difficultés restent globalement inexpliquées.
Deux séries d'hypothèses sont en présence :
- d'une part, des difficultés névrotiques, des désordres affectifs ou des troubles familiaux,
- d'autre part, un désordre constitutionnel d'origine héréditaire ou une perturbation physiologique acquise (notamment durant la grossesse, voire même le cas d'une naissance prématurée).
Il est troublant de voir que les partisans de l'une de ces hypothèses excluent le plus souvent l'autre, comme si aucune conjonction n'était possible.
Devenant ainsi le porte-parole de la difficulté des psychothérapeutes et des neurophysiologistes à articuler l'esprit (pensée) au cerveau (matière, ensemble de processus physiologiques).
Pour le psychologue et psychanalyste Bruno Bettelheim, certaines erreurs ou fautes de lecture auraient souvent une origine inconsciente.
Cette thèse qu'il développe dans son livre La lecture et l'enfant (Robert Laffont) est le fruit d'observations menées dans sept écoles publiques soient 300 enfants environ, sur une période de quatre ans. Les difficultés de lecture et les fautes ne seraient pas toujours dues à l'inattention, de l'inexpérience ou d'un manque de connaissance de l'enfant mais à des émotions ou à des angoisses que les mots ou le texte "lus" éveillent en lui. Par exemple, une force inconsciente et protectrice l'a préservé de prononcer un mot jugé "blessant" qu'il avait bien reconnu et assimilé. Tigger un petit chien sympathique d'une bande dessinée américaine au lieu de Tiger (le tigre).
Depuis plusieurs années, les recherches se sont multipliées en France et à l'étranger pour comprendre l'origine de la dyslexie. Aux États-Unis, les travaux entrepris il y a près de vingt ans par un psychanalyste, le docteur Isi Beller "La dyslexie en question",Robert Laffont tendent à prouver que l'origine de la dyslexie remonterait aux toutes premières étapes de l'acquisition du langage. Avec à l'origine ,une mauvaise différenciation de sons "semblables" prêtant à confusion.
Un "premier" handicap qui trouvera vite une alternative par une compensation définie sur le plan de la parole, ce qui lui permettra de s'exprimer correctement. Par un apprentissage global de mots sans réelles et véritables perceptions de leurs éléments constitutifs (les sons) . Une confusion qui ne réapparaîtrait que tardivement lors de l'apprentissage de la lecture.
Pour d'autres spécialistes, en revanche, la dyslexie serait d'origine héréditaire.
Les observations du professeur Pierre Debray-Ritzen auprès d'enfants dyslexiques ont montré que 62 % d'entre eux avaient des antécédents familiaux de dyslexie.
On a par ailleurs constaté que les plus jeunes dyslexiques sont souvent des enfants nés prématurément.
D'autres thèses ont également été avancées : la dyslexie serait la conséquence d'un problème visuel ou auditif, d'une mauvaise latéralisation (l'enfant confond la droite et la gauche), de problèmes psychoaffectifs. Malgré des résultats souvent contradictoires, tous les spécialistes s'accordent à l'heure actuelle sur deux points : la dyslexie n'est aucunement la conséquence d'une déficience intellectuelle ni même le résultat de l'utilisation de "mauvaises" méthodes de lecture.
b)Les hypothèses psychologiques
Beaucoup de chercheurs estiment que la dyslexie est elle-même la manifestation d'une difficulté affective préexistante. Pour eux, elle serait d'origine psychologique et révélerait un trouble profond de la personnalité. Lire et écrire participent au besoin de s'exprimer et d'avoir des échanges.
Selon le psychologue C. Chassagny, la dyslexie correspondrait à un refus de communiquer pour des raisons liées au vécu et à la personnalité de la personne.
La psychologie et la psychanalyse estiment que les difficultés rencontrées dans l'apprentissage de la lecture et de l'écriture sont le signe à la fois d'une difficulté de structuration intérieure (intégration des émotions, gestion des conflits), et, corrélativement, d'une difficulté d'intégration de la dimension « symbolique ». Cette confusion dans la langue et dans le texte serait la façon de signifier (d'inscrire) un désordre intérieur. On ne cherche donc pas, dans ce contexte, une origine somatique à ces troubles, mais on tente plutôt d'en comprendre la cause en laissant parler la personne.
On note aussi souvent que l'apprentissage du langage et l'acquisition de la lecture chez l'enfant sont très attendus par les parents, et que l'un et l'autre sont des étapes symboliques très importantes pour l'enfant, qui marquent notamment son ouverture sur et son entrée dans le monde extérieur.
Une difficulté dans l'apprentissage de la langue et de l'écriture peut donc signifier que cette étape fait peur, ou que l'attente des parents pèse sur l'enfant.
L'inversion peut également être le signe d'une inversion (ou d'une confusion) entre le monde intérieur de l'enfant et le monde extérieur qui l'entoure. On a également souligné la difficulté d'organisation spatio-temporelle à l'œuvre dans les troubles dyslexiques : l'altération, l'interversion ou la distorsion dans l'espace (localisation et position des lettres) sans oublier le temps de la lecture (rapidité et durée du geste et du mouvement oculaire) qui témoigneraient d'une difficulté d'accès au symbolique (le temps et l'espace) et à la symbolisation à l'œuvre dans le langage.
La psychanalyse souligne également que la difficulté rencontrée dans l'apprentissage de la lecture peut être le signe d'un refus de savoir, résultat d'un effet d'un désir et d'une peur de comprendre.
Un refus qui relierait secrètement ce « refoulement » à la « pulsion scopique » (désir de voir).
En bref, le symptôme en lui-même comporte à l'évidence un aspect physiologique (toutes les recherches en neurologie l'attestent), un aspect psychoaffectif (puisqu'il touche le langage qui est à la fois l'expression de soi et le moyen de communiquer avec les autres) et enfin, un aspect social puisque la dyslexie concerne souvent des personnes en situation d'apprentissage « scolaire », donc placées dans un contexte « spécifique » social.
c)Les hypothèses neurophysiologiques
Des scientifiques américains ont découvert dans les années 1980 de petites malformations à la surface du cerveau, (sous forme d'excroissances constituées de plusieurs milliers de neurones.)
Ces excroissances, appelées « ectopies », situées notamment dans l'aire du langage, proviendraient d'un défaut survenu dans la maturation du cerveau au cours de la grossesse, effet d'une migration anormale de neurones dans la couche superficielle du cortex dans l'hémisphère gauche, et principalement autour de la scissure de Sylvius, un des nombreux replis du cerveau.
Un défaut de latéralisation du langage dans l'hémisphère droit du cerveau ou un dysfonctionnement dans le transfert d'information entre les deux hémisphères (effectué par le corps calleux, anormalement gros chez les dyslexiques) pourraient également être à l'origine de ces troubles.
Ces anomalies pourraient provenir de la survie anormale d'un certain nombre de neurones qui devraient disparaître lors de la maturation du cerveau durant la période intra-utérine.
L'imagerie cérébrale montrerait également que les dyslexiques n'auraient recours dans certaines opérations de lecture qu'à une partie de l'aire du langage, là où des non dyslexiques en utiliseraient la totalité. On parle à ce sujet d'« anomalie d'activation », d'autres zones du cerveau, notamment dans l'hémisphère droit, étant par ailleurs anormalement activées.